Philippe El Shennawy. Libre après 38 ans de prison

From: Le Télégramme, Jan. 25 2014

Philippe El Shennawy, the “perpetual prisoner,” was finally released from prison in France, after 38 years! 
Ses « premiers pas dans la vraie vie », il veut les consacrer à son épouse, à ses amis, aux gens qu’il aime et qui l’aiment : Philippe El Shennawy, l’un des plus anciens détenus de France, a recouvré la liberté, hier matin, après avoir passé 38 ans derrière les barreaux.

« Waouh (…). La vraie vie, c’est vous, c’est là ! », a lancé cet homme âgé de 59 ans à la masse de journalistes venus l’attendre à la sortie de la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne). « Toutes ces années, il faudrait que ça serve à quelque chose », a-t-il ajouté, deux jours après avoir bénéficié d’une libération conditionnelle. Condamné à la perpétuité en 1977 pour un braquage avec prise d’otage auquel il a toujours nié avoir participé, il devra porter un bracelet électronique pendant deux ans. Il va commencer un travail de chef de projet dans l’événementiel culturel dès lundi.

« Comment j’ai fait pour tenir ? »

Extrait à l’aube de sa cellule, Philippe El Shennawy, qui a passé les deux tiers de sa vie en détention, est sorti peu après 9 h, avant de tomber dans les bras de son épouse, Martine. « Comment j’ai fait pour tenir ? », s’est-il interrogé, avant de marquer un temps d’arrêt pour réfléchir. « X raisons, les gens qui m’aiment, la non-acceptation de quelque chose que je n’ai jamais accepté… Et puis savoir que, de toute façon, j’allais sortir. » « J’ai envie de vivre », a-t-il ajouté, répondant aux questions des journalistes avec beaucoup de calme et de sobriété, sous les yeux de sa femme et d’un de ses deux avocats, Julien Dubs. « C’est la fin de l’attente après toutes ces années. Ça fait 35 ans que je l’attends. Oui, je suis prête », avait dit, peu avant sa libération, Martine El Shennawy.

Surnommé « le détenu perpétuel »

Depuis 1975, Philippe El Shennawy, surnommé « le détenu perpétuel » par les directeurs de prison, a connu un parcours carcéral hors norme : vingt ans à l’isolement, six années en internement psychiatrique, 42 transfèrements, 34 jours de grève de la faim, une tentative de suicide. Et deux évasions. Il va résider chez sa femme, hormis des permissions de sortir pour aller travailler, en semaine et le week-end en matinée, pour la famille, et retrouver leur fils Christophe, un « bébé-parloir » conçu lors d’une visite en prison.

La révision de son procès en ligne de mire

Si la liberté de l’ex-détenu restera très encadrée, il envisage de poursuivre son combat contre les longues peines et entend se battre pour la révision de sa condamnation pour le braquage d’une banque de l’avenue de Breteuil, en 1975, début de son long cycle d’enfermement. « Je veux être un témoin. Dire ce que j’ai vécu… Sans exagération », a-t-il soufflé. « Ça n’a pas de sens. Les longues peines, ça ne sert à rien. » Il a confessé que la prison lui avait apporté « une réflexion, une vision de l’humain ». « D’une certaine façon, j’ai toujours été libre », a-t-il déclaré avant de quitter, à pied, l’enceinte du centre de détention : ses « premiers pas dans la vraie vie ».

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